mardi 30 octobre 2012

Une vie à aimer, Michel Jean.

Marc-Antoine est un avocat qui a aimé. Aussi loin qu'il se souvienne, il a toujours recherché la compagnie des femmes. Il écoutait avec intérêt les conversations des amies de sa sœur aînée, tout comme celles de sa mère qui passait – avec les siennes – des heures à boire du café et à parler de leurs maris absents. Son premier amour a laissé des traces. C'est si fragile, un cœur d'adolescent ! Mais ces premières expériences le préparaient à rencontrer son « Anglaise », son artiste, l'amour de sa vie. Puis survient le drame et Marc-Antoine est démuni. Il s'accroche tant bien que mal, et c'est au travail qu'il rencontrera sa jeune amoureuse, impétueuse, très différente et pas tout à fait libre. Elle sera sa dernière histoire d'amour connue… Car Marc-Antoine est paralysé. Il garde tous ses sens, sauf l'odorat. Pour le reste, son corps a oublié ou a simplement cessé de tenir compte du monde extérieur.

Une vie à aimer trace le portrait d'un homme qui jette un regard lucide sur le monde, sur les gens qu'il a rencontrés durant sa vie et, surtout, sur lui-même. C'est l'histoire d'un homme qui a aimé, qui a été aimé, qui aurait aimé que ça continue et qui, malgré son état, espère toujours.

Une vie à aimer, c’est un flot de souvenirs. Des souvenirs de femmes, de corps, d’une autre vie… d’avant. Avant que Marc-Antoine ne devienne invalide et qu’il ne puisse que bouger les yeux pour communiquer. Communiquer. Voilà un grand mot, car on ne le considère plus vraiment comme un homme depuis son accident cérébral. Comme si le cerveau avait arrêté de fonctionner avec le reste du corps, on ne prend plus la peine de lui parler, de l’installer près de la fenêtre, on le traite en marchandise qu’on déplace d’un endroit à un autre. Mais Marc-Antoine est encore présent d’esprit et nous raconte ses amours, sa vie avant que tout ne bascule. Il a aimé, il a touché, il a goûté, il a senti, ce qu’il ne peut plus faire maintenant. Il n’a rien oublié… C'est un roman  très sensoriel. L’amour d’un point de vue masculin a quelque chose de plus physique, moins romantique, mais tout aussi profond et passionnel.

Le fait d’être dans la tête de cet homme pendant plus de 200 pages aurait pu être étouffant, mais je n’ai pas ressenti trop d’amertume face à sa situation, si ce n’est qu’une certaine frustration à ne plus pouvoir dire ce qui le dérange. Il aimerait crier au monde qu'il est encore là, qu’il a encore des envies, des désirs, qu’il n’est pas tout à fait mort, qu’il peut encore côtoyer et apprécier ce qui l'entoure.

Dans les premières pages, je croyais devoir sortir les mouchoirs, mais non. Malgré la gravité des faits, l’auteur nous épargne en nous racontant de beaux moments vécus par Marc-Antoine.  Pas de violons, pas de scènes mielleuses, le ton est juste.  Assez juste pour sympathiser à la cause sans tomber dans le mélodrame trop lourd à supporter qu'offrent certains livres qu'on a envie de balancer parce que notre état d'esprit du moment ne nous permet pas ce genre de lecture.

Il paraît que les miracles existent.  Ils n'ont peut-être pas toujours la forme espérée. Même à petite échelle, ils peuvent créer de grands bonheurs et c’est sur cette note que l’auteur termine ce magnifique roman, très touchant. 

Voilà une belle occasion de découvrir Michel Jean sous une autre facette que celle du journaliste connu.  Elle et nous est maintenant dans ma mire...

Libre Expression
ISBN: 9782764805060

7 commentaires:

Suzanne a dit...

J'ai déjà noté ce titre que je vais lire sûrement car j'ai été conquise par la plume de cet auteur avec «Elle et nous».

Kikine a dit...

Alors, en lisant ta critique, je me suis rappelée l'avoir lu et bien aimé mais plus d'un an et demi après, je me rends compte qu'il ne me reste pas grand chose mis à part un vague sentiment de belle écriture.

Jules a dit...

Suzanne: ce sera le prochain que je lirai. Belle plume effectivement!

kikine: au moins tu te souviens l'avoir lu! :) Tant de livres qu'on ne sait plus parce que justement ils n'ont pas été marquants!

Le Papou a dit...

Bonjour Jules,
J'ai déjà noté ce titre parce qu'on y parle de la vie passé dans ce pays qui est devenu le mien...et aussi des indiens.

Le Papou

Jules a dit...

Le Papou: hum... je crois que tu parles de Elle et nous qui concerne sa grand-mère innue.

La plume et la page a dit...

Voilà un bouquin qui me plairait bien de lire... Pas sûr de le trouver dans nos librairies françaises si ce n'est à la librairie québécoise de Paris.
Bonne fin de journée!
Do

Jules a dit...

La plume: je l'avais emprunté de la biblio...