mardi 2 février 2016

Lazare mon amour avec Sylvia Plath, Gwenaëlle Aubry.

« Un jour on me demande d’écrire sur une autre, poète ou romancière, qu’importe, vivante ou morte (plutôt). Et tout de suite ce nom s’impose : Sylvia Plath. Je relis ses textes hypertendus, électrifiés, je regarde ses photos-caméléons. Je fais défiler ses masques, je bats les cartes de son tarot : le rameau de peur et le Roi des abeilles, l’amante éblouie et la mère-épouse prisonnière de l’Amérique des années cinquante, les vierges folles, le vieux démon mélancolique, l’Oiseau de panique. À travers cette fragile image, cette icône suicidée, je cherche le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je cherche à comprendre ce que, par l’écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l’écriture, l’a sauvée elle aussi. Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante : pas seulement une qui est revenue d’entre les morts (Lady Lazare) mais aussi une qui a vécu à l’excès. » G. A.

Deux ans plus tôt, au début de son mariage, en même temps qu'elle dactylographiait le premier recueil de Hughes, Le Faucon sous la pluie, elle a écrit une nouvelle, La Boîte à souhaits.  C'est l'histoire d'une femme, Agnès, jalouse des rêves de don mari, un "comptable diplômé aux penchants littéraires prononcés".  Chaque matin, au petit déjeuner, il lui raconte des rêves somptueux, versicolores et enfantins, auprès desquels les siens paraissent lugubres et ternes. Le mari finit par lui donner des exercices, lui demande par exemple d'imaginer et de décrire un gobelet, mais Agnès essaie, toute seule, de se fabriquer des images.  Elle avale des livres, puis des films, puis de l'alcool, puis, un beau jour, des somnifères pour trouver le grand sommeil, échapper à l'enfer d'une vie "d'éveil, sans vision".
 
Je ne sais pas si cette petite plaquette est destinée à être une mise en bouche sur l'œuvre de Sylvia Plath ou si elle sert plutôt à revenir en arrière sur la complexité et les tourments de cette femme, mais pour la néophyte que je suis sur le sujet, Lazare mon amour m'a définitivement donné le goût de découvrir l'œuvre de cette américaine.
 
Écrire.  Écrire est une autre solution.  La seule qui permette d'être tout et rien à la fois: se débarrasser de soi, "devenir le véhicule d'une monde, d'une langue, d'une "voix" et depuis ce vide devenir les autres, "apprendre d'autres vies et en faire des mondes imprimés qui tournent comme des planètes dans l'esprit des hommes".
 
Sylvia Plath a écrit six cent quatre-vingt-seize lettres, des poèmes, des nouvelles, un roman: ça ne suffit pas.  Gwenaëlle Aubry a certainement du faire un travail colossale pour relever des extraits de cette œuvre, les relier entre eux pour nous créer un portrait si palpable.  À travers Aubry, on décèle la détresse de cette femme, éternelle insatisfaite, mais qui semble aimer la vie en même temps.  Je savais qu'elle s'était suicidée, mais je n'avais pas réalisé qu'elle avait fait quelques tentatives auparavant.
 
Lazare mon amour avec Sylvia Plath, ce sont 75 pages, pas plus.  Mais ce sera assez pour les fans qui le verront comme un complément à l'œuvre de l'auteure et ce sera certainement assez pour piquer la curiosité de ceux qui n'ont pas encore fait le saut dans l'univers particulier de cette femme.
 
Héliotrope
ISBN: 9782923975894

4 commentaires:

Christelle H. a dit...

Jolie critique ... Pour un livre qui a l'air bien intéressant ! Sylvia Plath m'attire un peu, tout comme Virginia Woolf ...

Jules a dit...

Chistelle H: les deux sont reliées car Sylvia Plath était une grande fan de Virginia Woolf!

Topinambulle a dit...

Je n'ai jamais lu Sylvia Plath, mais ton billet donne envie. Merci pour la découverte ! Lire un essai sur un auteur nous "prépare" en quelque sorte à aborder son œuvre et je trouve ça intéressant.

Jules a dit...

Topi: c'est un bon concept!