samedi 21 février 2015

Pauvres petits chagrins, Miriam Toews.

Elf et Yoli. Deux sœurs, deux amies. Elfrieda, pianiste de renommée mondiale mariée à un époux formidable, veut mettre fin à ses jours. Yolandi, divorcée, sans le sou, multipliant les aventures sans lendemain, fait tout son possible pour maintenir sa grande sœur en vie tout en tentant de gérer le chaos de sa propre existence.

Dans ce roman à la fois tendre et touchant, Miriam Toews propose une réflexion bouleversante sur l’amour et sur ses limites.

 
Miriam Toews n'a pas à chercher bien loin pour trouver de l'inspiration pour ses romans, elle s'inspire de sa vie privée et c'est déjà bien assez de matériel!  Jamais je ne t'oublierai, son dernier récit paru en 2013, traite de son père bipolaire ayant mis fin à ses jours.  Pauvres petits chagrins est basé sur l'histoire vraie de sa sœur Marjorie décédée suite à un suicide le 5 juin 2010.  Dans un article que je ne retrouve malheureusement pas, Miriam Toews dit avoir écrit ce livre pour chasser la rage, la confusion et la tristesse qui l'envahissaient.  Plusieurs dialogues sont tirés de vraies discussions entre elle et sa sœur au moment où celle-ci était hospitalisée juste avant sa mort.  Marjorie souffrait de dépression chronique et avait déjà tenté deux fois de mettre fin à ses jours.
 
Une fois que l'on sait tout cela, le livre prend une autre dimension et on ne cherche plus à tracer la ligne entre la fiction et la réalité, car l'auteure mélange les deux horizons brillamment. On ne peut qu'apprécier ce témoignage d'une femme impuissante mais prête à tout pour sauver un être au prise avec ses tempêtes intimes.

"C'était la première fois que nous articulions notre principal point de désaccord.  Elle voulait mourir et moi je voulais qu'elle vive et nous étions des ennemis qui s'aimaient.  Nous nous sommes fait un câlin tendre et maladroit parce qu'elle était dans un lit, attachée à des trucs."

Ce roman expose en grande partie  l'incompréhension de Yoli, celle qui loin d'être parfaite, est mère célibataire et sans le sous face au désir de mourir de sa sœur Elf, elle qui a l'homme le plus aimant du monde, une carrière internationale de pianiste et une fortune dans les coffres.

"Elf était-elle atteinte d'une maladie mortelle?  Était-elle, depuis sa naissance, génétiquement programmée pour vouloir mourir, sa malédiction personnelle?  Les moments heureux de son passé, les sourires, les chansons, les câlins sincères, les rires, les poings levés en signe de triomphe n'avaient-ils été que des détours, des simples hiatus dans son désir inné de libération et de néant?"
 
 Mais parce que Yoli aime Elf plus que tout, elle se retrouve devant le mur prête à faire le pire pour soulager sa sœur de son fardeau, la vie.
 
Pauvres petits chagrins est un roman magnifique qui malgré un sujet très délicat se lit avec enthousiasme.  Dans chacun des romans de Miriam Toews, on retrouve de l'humour et beaucoup d'humanité.  C'est peut-être une façon pour l'auteure de digérer tous ces événements...

Si vous ne connaissez pas Miriam Toews, je vous conseille de lire son roman assez déjanté Les Troutman volants ou encore Irma Voth qui traite de la condition de la femme dans les communautés mennonites dont est issue l'auteure.  Drôle de tendresse, que je n'ai pas encore lu, s'est mérité le prix du Gouverneur général en 2004.  Miriam Toews est définitivement une auteure à découvrir.
 
ISBN: 9782764623312

6 commentaires:

Venise a dit...

Bien vrai ce que tu dis, elle est à découvrir. Je l'ai lu une seule fois, mais me laisser aller, je la lirais au complet. Il y a une urgence dans son écriture qui ne me laisse pas indifférente.

Jules a dit...

Venise : contente de t'entendre dire cela! Elle mérite vraiment le détour!

Suzanne a dit...

Sirop mais tu lis à la vitesse de l'éclair!!!! Nan je blague.

J'avais bien aimé Les Troutman volants et j'en attendais plus de Drôle de tendresse. Par contre j'aime la plume de dame Toews et ai déjà noté ce dernier titre.

Alex Mot-à-Mots a dit...

Des romans qui ont l'air très différents les uns des autres.

enattendantdemain a dit...

Est-ce que c'est à un article en anglais que tu faisais référence? "It was simply something she had to write, she says, a way to deal with the anger, and confusion, and sadness that threatened to become all-consuming."

http://news.nationalpost.com/2014/04/11/complicated-kindness-miriam-toews-grapples-with-the-sister-who-asked-her-to-help-end-her-life/

Les citations que tu as incluses dans ton article sont particulièrement poignantes, c'est assurément une lecture que je ne tarderai pas à faire.

Jules a dit...

Suzanne: lu en 2 jours, quand on aime, ça va vite!

ALex: oui, mais le theme des Mennonites revient souvent!

En attendant demain: oui, c'est cet article! Merci!