dimanche 22 mars 2015

Moi, la grosse, Matteo Cellini.

Caterina est une jeune italienne spirituelle et intelligente.
Caterina a une famille qu'elle adore.
Mais Caterina, à l'instar de ses parents et de ses frères, est grosse. Très grosse. Et ses kilos en trop l'empêchent d'exister. Selon sa conception binaire du monde – les obèses d'un côté, les « personnes » de l'autre – elle est une « non-personne ».
A peine sort-elle de chez elle qu'elle s'arme d'une carapace blindée lui permettant d'ignorer tous les commentaires, toutes les plaisanteries, dont elle pourrait être la cible. Elle anticipe tout. Pour ne pas aggraver son dossier qui pèse déjà trop lourd sur la balance, elle fait en sorte d'être la meilleure de la classe, de n'être jamais malade, jamais en retard, toujours bien habillée... bref, de ne jamais faire le moindre remous. Aussi, quand ses parents décident d'organiser une grande fête pour son dix-huitième anniversaire, c'est la panique.

Un roman, tout en sensibilité, qui voit son héroïne s'épanouir et découvrir peu à peu qu'un bonheur est possible, au-delà des apparences.

Parce que Caterina doit vivre dans un corps plus enveloppé que la moyenne, elle réfléchit constamment à sa condition face au reste de la société.  Loin de s'apitoyer sur son sort, elle fait une analyse sociale de l'obésité.  Sans jamais nous tirer vers le fond, elle nous fait prendre conscience du regard des autres sur ce corps trop rond.   Allant jusqu'à se qualifier de non-personne, elle essaie de se fondre dans la masse pour ne pas attirer l'attention.  À la maison, la vie est douce car presque tous souffrent du même problème, ce n'est donc pas un sujet de discussion.  Dehors, la protection familiale n'y est plus et Caterina doit affronter les satires tout comme son petit frère Oscar qui lui choisit de se rebeller face à cette injustice.
 
Quelques phrases au hasard pour vous faire une image de l'état d'esprit de cette adolescente mal dans sa peau:
 
"Je suis la possibilité permanente d'un comparaison flatteuse; celle qui vous retire des mains la palme de la plus moche, de la plus grosse, de la plus seule.  Je suis Cate-la-grosse, un obus oublié qui, depuis le collège, ne demande qu'à exploser."
 
"Pour éviter qu'on ne parle de moi, je ne rate jamais les cours.  Je suis toujours là, au plus près de mes ennemis, pour que la situation ne m'échappe pas."
 
"La pensée ne m'a pas effleurée que jamais on n'ouvrirait de magasin pour les anorexiques, et que seuls les chiens, outre les obèses, peuvent s'enorgueillir d'avoir des boutiques rien que pour eux."
 
"Mon corps gras et laid disqualifiait mes suggestions, m'éloignant des autres comme une non-personne parmi les personnes.  J'étais tellement à côté de la plaque que le fait d'avoir cru que je pourrais être une alternative séduisante était risible, ridicule, hilarant: je n'étais même pas une alternative."
 
Mais un jour, Caterina en a assez et elle essaie de se faire mal, très mal.  Une nuit, elle avale tout ce qu'elle trouve dans le frigo...  Amenée aux urgences, sa mère lui tend enfin la main et lui explique sa position face à ce boulet qu'elle traîne elle aussi en démontrant que Caterina a déjà une longueur d'avance.  Bonne à l'école, cultivée, l'avenir s'annonce déjà meilleur pour elle.  Ces événements viendront changer la vie de cette jeune fille sur le point d'avoir 18 ans.  C'est un des moments très forts du roman.
 
Écrit par un homme, on y sent toute la complexité de la femme dans sa relation avec son propre corps.  C'est très réussi.  Les relations d'amitiés sonnent vraies.  Les dialogues, les confidences et le texte en général sont tout aussi édifiants pour les personnages que pour les lecteurs. 
 
J'ai eu un immense coup de cœur pour ce premier roman ainsi que pour sa couverture, rien de moins qu'une œuvre d'art!

Sortie prévue au Québec le 25 mars.
Presses de la Cité
ISBN: 9782258110687

11 commentaires:

Alex Mot-à-Mots a dit...

Il a l'air très chouette !

Jules a dit...

Alex: oui, tout à fait!

Suzanne a dit...

Hon je vais faire un p'tit tour à la bibliothèque cette semaine et me croise les doigts pour qu'il soit là.

Jules a dit...

Suzanne: il n'est pas encore arrivé dans la mienne en tout cas! Déménage à Québec, ce sera plus simple, tu pourras fouiller dans mes bibliothèques! hihi

Marie-Claude Rioux a dit...

Il me tentait déjà, mais après la lecture de ton billet, il me le faut!

Jules a dit...

MC: j'espère que tu aimeras!

Suzanne a dit...

Ah gentille dame, si je pouvais; crois-moi j'oserais aller fouiner dans tes bibliothèques. ;-)

Philologue a dit...

Ah le thème me parle beaucoup mais impossible de le trouver dans les bibliothèques que je fréquente et je ne pas m'encombrer d'un nouveau livre avant début mai... J'espère que d'ici là je l'aurais trouvé !

Jules a dit...

Philologue: c'est vraiment une nouveauté, les bibliothèques mettent parfois beaucoup de temps à nous fournir les romans!

100drine a dit...

la couverture me plait
le résumé également
et ton "billet" a retenu mon attention alors je m'empresse de noter ce livre ....

Jules a dit...

100drine: J'espère qu'il te plaira!